Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI

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Élisabeth Philippine Marie Hélène de France (1764-1794), dite Élisabeth de France ou Madame Élisabeth. Petite fille de Louis XV, sœur des derniers rois de France (Louis XVI, Louis XVIII, Charles X), belle-sœur de Marie-Antoinette, tante du petit Louis XVII. Une destinée hors du commun, une fin tragique…

L’année dernière j’ai eu un coup de cœur pour le livre Mousseline la sérieuse de Sylvie Yvert (chronique ici) qui suit la vie de Marie-Thérèse de France dite Madame Royale (la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette). Depuis cette lecture j’avais envie de m’intéresser encore plus à la Révolution française du point de vue de la royauté et connaître d’autres personnes de la famille royale à cette époque, notamment la princesse Élisabeth que je connaissais peu. Grâce à la biographie d’Anne Bernet (publié aux éditions Tallandier et en poche dans leur collection Texto) j’ai plongé ces deux dernières semaines dans la vie de la princesse et c’est une lecture qui va me marquer à tout jamais.

Élisabeth est une enfant lorsque son frère monte sur le trône. Une enfant au caractère un peu fantasque, elle signe ses lettres « Elisabeth, la folle » mais elle souffre surtout d’un manque d’affection. Elle perd son père lorsqu’elle a 10 ans et sa mère le suit dans la tombe 18 mois plus tard. Peu de temps après c’est sa sœur Clotilde dont elle était très proche qui se marie et part en Italie.

C’est une jeune femme très pieuse, elle accorde beaucoup d’importance à sa foi et encore plus après un événement qui va la marquer : l’agonie, la mort d’une de ses proches, sa tante, Madame Sophie auquel elle assiste. Après cela elle se détache peu à peu des mondanités et de la Cour dont le rythme et l’attitude ne lui correspond pas. Elle devient une critique muette de la Cour de Marie-Antoinette. A 15 ans elle est autorisée à avoir ses propres revenus et appartements au château de Versailles et  4 ans plus tard son frère lui offre le domaine de Montreuil acheté au Rohan-Guéméné. Cependant elle ne peut y rester que la journée et doit attendre sa majorité (25 ans) pour vivre de façon indépendante. Elle n’aura pas pu en profiter pleinement car elle atteint sa majorité aà la veille de l’ouverture des Etats généraux et peu de temps après elle se retrouve enfermée aux Tuileries.

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On réduit souvent à tort Élisabeth à une image de dévote coincée alors que c’était une femme avec un fort caractère, intelligente, grande mathématicienne et amoureuse d’équitation et de billard. Mais elle fait quand même figure d’exception à la Cour par son quotidien simple, son soucis de la charité loin des préoccupations versaillaises. Elle vit pour les autres. Avant la révolution elle le prouve en se privant des étrennes données par son frère pendant cinq ans pour constituer la dot nécessaire à une de ces dames de compagnie et amie qui épouse le Marquis de Raigecourt. Elle donne de l’argent aux pauvres, assiste le docteur Dassy en étant infirmière.

<< (…) amour viscéral de la France qui l’avait incitée à préférer le célibat en son pays à une couronne à l’étranger. >>

La biographie d’Anne Bernet suit chronologiquement la vie de Madame Élisabeth. Elle ne souhaite pas ce marier car aucun roi ou prince n’est disponible ou ceux qui le sont ne lui ont pas proposé. Etant fille de France elle ne peut s’abaisser à épouser quelqu’un d’autre qu’un roi ou un prince. Eviter un mariage c’est aussi pour elle éviter le drame de la perte d’enfants qui touchait beaucoup de femmes autour d’elle.  Malgré son attachement pour la foi elle ne ressent pas non plus une vocation religieuse. Pourtant a la Cour ses habitudes et ses attitudes incomprises faisaient propager la rumeur qu’elle souhaitait rentrer au carmel de St Denis (une de ses tantes Louise y était). On plonge alors dans le quotidien de la Cour, ses intrigues, ses complots, ses jalousies et ses ambitions. Elle y avait peut-être pensé notamment concernant le couvent des Dames de Saint Louis de Saint Cyr mais l’idée d’être contemplative ou cloîtrée la répugnait.

<< Élisabeth nourrissait une vision sociétale, sinon politique de la place des françaises dans leur temps, du contrepoids que des catholiques convenablement formées représenteraient dans leur milieu comme moyen de résister aux idées des Lumières et à la déchristianisation ambiante. >>

J’ai découvert grâce à cette biographie son amour et sa relation platonique avec le docteur Dassy qui était son docteur lorsqu’elle vivait à Montreuil. Je n’avais jamais entendu parler de lui. Il est pourtant régulièrement présent dans sa correspondance, elle le nomme à de nombreuses reprises comme le « beau jeune homme », le compagnon des promenades à Fontainebleau. Cependant il est roturier, elle est la sœur de Roi et ils ne peuvent pas être ensemble. Élisabeth lui demande donc de se marier à une autre. Cependant, il restera auprès d’elle et il aidera a faire circuler sa correspondance secrète lorsqu’elle est en otage au palais des Tuileries. Quand elle se dirige vers la guillotine il passe au même moment dans cette rue, il se sent défaillir et dira à son épouse en rentrant : << J’ai reçu un coup de mort.  Je viens de rencontrer et de reconnaître dans une charrette un ange allant à l’échafaud! >> Il meurt 48 heures après. Cet amour impossible m’a complètement brisée le cœur.

vigée le brun bleuDurant ma lecture je me suis sentie si proche d’elle. Elle avait mon âge (25 ans) lorsque la révolution éclate. Comment le dit le sous titre de cette biographie elle aurait pu être roi car elle démontre par son courage et son intelligence, la force d’un vrai roi durant les années qui suivent la prise de la Bastille.

Elle était déçue de l’attitude de son frère. Louis XVI ne faisait pas preuve de fermeté, il est resté longtemps dans l’inertie ou méfiant face aux projets de fuite. Ne voulant pas faire couler le sang des méchants, comme le dit Anne Bernet il a fait couler le sang des justes. Il ne prêtait pas attention aux conseils de sa petite soeur qu’il traitait encore comme une enfant. Ce n’est qu’à la fin qu’il se rendra compte de la place qu’elle avait auprès de lui. Par ailleurs, Marie-Antoinette ne faisait pas confiance à sa belle sœur, elles étaient trop différentes. Elle était si jalouse qu’elle laissait peu de monde approcher ses enfants. Malgré ces dissensions familiales Madame Elisabeth décide coûte que coûte de rester auprès d’eux.

<< Elle qui ne possédait aucune valeur politique, ne manifesterait, en fuyant, que le souci excessif de sa propre personne. Or, par tempérament, Élisabeth était aux antipodes de la couardise et de l’égoïsme. Elle ne pouvait que rester. >>

On lui propose à de nombreuses reprises de fuire. C’est ce que vont faire beaucoup de nobles et de proches de sa famille (ses deux autres frères, ses tantes). Déjà quelques jours après les événements de la prise de la bastille elle aurait pu partir avec son frère d’Artois dont elle était très proche. Lorsque la famille royale était retenue en otage aux Tuileries elle avait l’occasion de partir avec ses tantes en Italie rejoindre d’Artois en Italie. Elle aurait pu en se rendant en Italie revoir sa sœur Clotilde qu’elle n’avait pas vu depuis des années. Mais elle n’en fait rien. Elle reste un soutien indéfectible au roi. Au fur et à mesure des mois et des années elle comprend où cela va les mener mais elle reste fidèle. L’idée de quitter le roi au milieu de ce chaos << la remplissait de honte et de mépris >>.

Elle répondrait même a son frère qui lui conseillait de partir : << Même si vous me l’ordonniez, je dirai non parce que mon devoir est de me tenir auprès de vous, de partager vos peines, et peut-être vos dangers. >>

Durant leur prise en otage aux Tuileries et sa captivité à la prison du Temple, Anne Bernet montre la formidable analyse politique de la princesse. Elle résiste et conserve ses convictions notamment religieuses en s’opposant à la constitution civile du clergé et en ne participant pas aux messes donnés par les prêtes qui l’ont accepté. Elle se constitue un réseau de correspondance et de renseignements entre royalistes grâce à des lettres codées. Lorsqu’elle est emmené au Temple elle avale même les dernières feuilles d’une lettre qu’elle devait envoyer. Au Temple malgré les restrictions elle arrive toujours à communiquer avec des royalistes grâce à des signaux, des mots glissés dans des bouteilles qu’on leur porte à table ou dans le linge sale. Jusqu’au bout elle veut tout savoir de ce qui se joue autour d’elle tout en dissimulait tout cela dans le personnage ridicule de la vieille fille bigote. Comme il est écrit en sous titre de cette biographie… elle aurait pu être roi…

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A partir de 1793 les tragédies se suivent, la barbarie continue : Elle apprend la mort de son frère guillotiné, elle assiste à la manipulation et la maltraitance affreuse de son neveu, elle voit les restes de Mme de Lamballe l’amie fidèle de la reine sur des piques qu’on leur présente sous leurs fenêtres, elle apprend des mois après la mort de sa belle-sœur. Elle tente jusqu’au bout de soutenir sa nièce et même tous les autres condamnés qui sont exécutés en même temps qu’elle. Face à l’horreur et à la barbarie de cette révolution elle reste digne et confiante en Dieu. Elle est morte à 30 ans en martyre et a même été déclarée servante de Dieu par l’Église catholique en 1953. J’ai appris qu’elle pourrait être béatifiée et je le souhaite de tout cœur !

Cette biographie se lit comme un roman. J’ai été touchée par la plume romanesque d’Anne Bernet et j’ai maintenant envie de lire d’autres biographies qu’elle a écrite (notamment celles sur Bernadette Soubirous, Catherine Labouré, Charette, Pilate, Clotilde, Brunehaut et bien d’autres). Dans cette biographie on côtoie des figures historiques dont on a tant entendu parler mais Anne Bernet à travers son style d’écriture, à travers les extraits de leur correspondance les rend humains, accessibles, compréhensibles. C’est ce que j’aime profondément lorsque je lis des biographies historiques. L’Histoire est à porté de main et c’est d’autant plus frappant et touchant lorsque c’est la propre Histoire de son pays.

J’ai passé 10 jours avec Madame Élisabeth. Coïncidence c’était une lecture au mois de mai le mois où elle est née et a été exécutée… 10 jours de lecture le cœur serré car je savais la fin qui avait été la sienne. En effet, j’ai terminé ma lecture des dernières pages en pleurant. Je ne pense pas avoir connu auparavant une émotion aussi vive à la lecture d’un texte. Lire le récit de son exécution et son enterrement (si on peut parler d’un enterrement) était presque insoutenable. J’avais l’impression de perdre une amie, une sœur de cœur.

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A lire, à regarder : Vous l’avez compris je vous recommande vivement de lire cette biographie ! Il existe aussi une autre biographie sur Madame Elisabeth écrite par Jean de Viguerie intitulée Le sacrifice du soir et publié aux éditions du Cerf. Vous pouvez aussi en savoir plus sur Madame Elizabeth grâce à l’émission de radio que lui a consacré Franck Ferrand dans Au cœur de l’histoire (à écouter ici).

Musique : Pour terminer voici une liste de chansons que j’écoutais lors de ma lecture. La majorité sont des musiques de l’époque, certaines sont mentionnées dans la biographie. Messe du sacre de Louis XVI – François Giroust 1, Richard Coeur de Lion – André Ernest Modeste Grétry 2, Pauvre Jacques – Marquise de Travanet 3, De Profundis 4, Vive Henri IV 5 (hymne de la Restauration), Hymne royal de la France – Tchaikovsky 6, Le Roy Louis – Choeur de la Joyeux Garde 7, Testament de Louis XVI 8, La Catholique – Chant Vandéen 9, Requiem en Ut mineur – Luigi Cherubini 10,

Peintures : les portraits sont tous d’Élisabeth Vigée le Brun.

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14 réflexions sur “Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI

  1. Grâce à toi j’ai pu en savoir plus sur Madame Elisabeth. Je ne connais pas trop ces figures historiques et j’aimerai beaucoup en savoir plus. Je me pencherai sur les biographies d’Anne Bernet. C’est en lisant (pour ma part ta chronique) qu’on se rend compte que c’était bien une époque terrible… et on ne parle pas assez de toutes ces femmes courageuses 🙂

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    • Si tu as l’occasion de lire une des biographies d’Anne Bernet on en parlera alors !
      Oui exactement on parle peu souvent de la barbarie de cette révolution… Je suis contente que tu aies aimé découvrir le destin d’Élisabeth !

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  2. L’émotion qui t’a animée pendant ta lecture est palpable dans cet article ! Je suis absolument ignorante au sujet de toutes ces personnalités royales – mais ce n’est pas la première fois que tu me donnes envie de m’intéresser de plus près à l’une d’elles (Louis II de Bavière) 🙂

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  3. Ton article est immense, fort en émotion et en informations historiques. Je suis toujours admirative de l’exhaustivité de tes écrits :). Est ce que c’est proche de Mousseline au niveau de la narration? Je garde un tellement bon souvenir de cette lecture et je ne serais pas contre de revivre « la même expérience » avec un autre personnage royal.

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    • Oh merci Manon ton commentaire me touche <3. Oui je pense que tu peux vraiment aimer les biographies d'Anne Bernet. Ça reste de la biographie historique mais avec une plume romanesque et des extraits de correspondance. Tu as raison ça m'a beaucoup fait penser à Mousseline justement !

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  4. Tu arrives à transmette tant d’émotions à travers ce billet ! Si je connaissais la terrible fin de cette princesse, je ne connaissais aucun des détails de sa vie que tu cites. Ton avis me rend curieuse de la découvrir. J’espère trouver cette biographie en bibliothèque pour pouvoir la satisfaire !

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  5. Cette lecture m’a fait pleurer moi aussi… je ne sais pas si la force du texte, le destin du personnage…les deux peut-être, remarque, mais j’ai eu l’impression de lire un roman également. Quelle beauté ! Je crois que si quelqu’un ne méritait pas de monter à l’échafaud, c’est bien elle. Quel destin extraordinaire… et effectivement, après avoir terminé un livre comme celui-là, on ne l’oublie pas de sitôt.

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