La nuit des béguines – Aline Kiner

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C’est encore un titre de la rentrée littéraire 2017 que je vous présente aujourd’hui et cette fois-ci c’est un roman historique captivant et intense sur un Moyen Âge méconnu.

<< Paris, 1310, quartier du Marais. Au grand béguinage royal, elles sont des centaines de femmes à vivre, étudier ou travailler comme bon leur semble. Refusant le mariage comme le cloître, libérées de l’autorité des hommes, les béguines forment une communauté inclassable, mi-religieuse mi-laïque. La vieille Ysabel, qui connaît tous les secrets des plantes et des âmes, veille sur les lieux. Mais l’arrivée d’une jeune inconnue trouble leur quiétude. Mutique, rebelle, Maheut la Rousse fuit des noces imposées et la traque d’un inquiétant franciscain… Alors que le spectre de l’hérésie hante le royaume, qu’on s’acharne contre les Templiers et qu’en place de Grève on brûle l’une des leurs pour un manuscrit interdit, les béguines de Paris vont devoir se battre. Pour protéger Maheut, mais aussi leur indépendance et leur liberté. >>

Les béguines sont une communauté laïque de femmes célibataires où veuves, elles ne sont pas soumises à un mari ou au clergé et elles peuvent conserver leurs bien matériels. On ne s’imagine pas du tout qu’au Moyen-Age la femme puisse avoir autant de liberté ! En France ce fut Louis IX (Saint-Louis) qui soutiendra ce mouvement. Leur indépendante est suspecte aux yeux de l’Eglise et les béguines furent persécutées à travers les siècles.

C’est le cas de Marguerite Porete, une béguine originaire de Valenciennes et mystique chrétienne. Dans un livre intitulé Le miroir des âmes simples, Marguerite fait parler Amour et Raison dans des dialogues allégoriques. Très vite son livre fait scandale, malgré son arrestation et la torture elle ne veut pas renié ce qu’elle a écrit. Elle est brûlée avec son livre en place de Grève le 1er juin 1310. Le livre de Marguerite est au cœur de l’intrigue de La nuit des béguines et j’ai énormément envie de le lire maintenant ! En dépit de la condamnation de ce livre, il est toujours lu et il est parvenu jusqu’à nous.

Aline Kiner à une façon d’écrire très sensuelle et féminine, parfait pour le sujet de ce roman. Dés le début en lisant le prologue je sentais que j’allais aimer la plume de l’auteure : « Pendant des années, arpentant les rues du Marais, j’ai cherché leurs traces. Jour après jour, elles sont venues à moi, ombres fortes et légères. J’ai entendu leurs rires et leurs chants, le bruit de leurs pas sur le pavé, senti sur ma peau ce même soleil qui les réchauffait, et dans mes narines l’odeur du fleuve tout proche. Nous avons rêvé, tremblé, cheminé côte à côte. Comme des compagnes que le temps sépare mais dont les désirs, les peurs et les révoltes s’accordent en un même écho. »

On suit ces femmes au fil des saisons et des années, on s’attache à elles d’autant plus que dans le récit les points de vue alternent donc chacune d’entre elles deviennent nos amies et sœurs de papier. On découvre le destin de femmes indépendantes grâce à cette communauté dont elles font parties : une femme abandonnée par son mari endetté, des veuves de chevaliers morts durant les croisades, une femme qui a perdu son bébé, une femme qui fuit un mari violent et qui la viole nuit après nuit, une femme que petite fille on a rejeté car elle était bègue.  Ce sont toutes des femmes fortes, érudites au passé tragique mais qui trouvent une indépendante et une solidarité au sein de cette communauté. Mais j’ai aussi apprécié la seule narration du personnage masculin, Humbert ce franciscain qui a rejoint les ordres après la ruine de ses parents.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman c’est l’atmosphère que l’auteure arrive à installer dans son roman. A chaque fois que j’ouvrais le livre j’avais vraiment l’impression d’être propulsée dans le Paris du Moyen Age. Aline Kiner nous offre avec La nuit des béguines un roman très documenté où Histoire et fiction se mêlent de façon crédible.

« Quelle que soit la petitesse de chacune des nos vies, elles relèvent toutes d’un vaste ensemble, les mouvements et les troubles de l’âme dépendent de ceux du monde, la violence ne s’arrête pas à ceux qu’elle vise, elle rebondit comme un caillou sur l’eau dure et frappe, frappe encore, les peurs collectives s’amplifient des bassesses individuelles, les grandes ambitions se conjuguent aux plus médiocres. »

Pour ceux qui connaissent l’histoire de La nuit des béguines se déroule exactement à la même période que le début de la saga des Rois maudits de Maurice Druon à la fin du règne de Philippe Le Bel, une saga historique que je vous recommande vivement (ma chronique du premier tome ici). Aline Kiner choisit de placer son histoire durant un temps trouble et chaotique pour les béguines et le royaume de France : la faillite du trésor royal, la ruine des féodaux, l’expulsion des Juifs et des Lombards, la chute des Templiers, la mort de plusieurs des maîtresses du béguinage royal et enfin le concile de Vienne où le pape Clément V doit se prononcer sur l’avenir des béguines. J’ai suivi fiévreusement l’évolution de la communauté comme si j’en faisais partie.

Il faut que je vous prévienne le début du livre est lent. Jusqu’à la moitie du livre je ne savais qu’en penser mais il faut vraiment poursuivre sa lecture car je me suis aperçue qu’il ne fallait pas que je lise ce livre en cherchant une intrigue avec de nombreux rebondissements. Il faut simplement s’immerger dans l’atmosphère et suivre le quotidien de ces femmes, de ces béguines dont la communauté est si menacée a cette période. J’ai maintenant hâte de me plonger dans d’autres ouvrages sur les béguines et cette période !

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